Interview Alumni : Frank Bengeloun formateur français langue étrangère

Interview Alumni : Frank Bengeloun formateur français langue étrangère

🎓 Portrait d'un Ancien Étudiant de l’Université Perpignan Via Domitia :

Frank Bengeloun

Diplômée en 2019 du Master FLE , est aujourd'hui Formateur français langue étrangère et entrepreneur.

Voici son parcours inspirant et ses conseils pour les futurs diplômés.

Bonjour Franck, en quoi consiste votre métier ?

J’enseigne le français langue étrangère. Concrètement, j’accompagne des apprenants venus d’ailleurs à entrer dans la langue comme on entre dans une culture—pas seulement par la grammaire, mais par le lien, l’écoute, l’empathie.
Aujourd’hui, je développe mon activité au sein d’une coopérative d’entrepreneurs, sous contrat CAPE. C’est un tremplin : on est accompagné, formé, mis en réseau, et je pourrai ensuite évoluer vers un statut d’entrepreneur salarié. Il y a des avantages—notamment en protection sociale—et des contreparties, comme le niveau de cotisations. C’est le jeu.

Mes interlocuteurs sont variés : centres de formation, écoles de langue. À l’inverse, certaines structures—comme le CRFP—n’acceptent pas de prestataires externes lorsqu’elles détiennent des marchés. On apprend vite à cartographier l’écosystème.

Si je reste, c’est pour ce qui m’anime : le lien avec l’apprenant, la rencontre des cultures, ce moment où une langue devient un pont. Parfois, on me dit que je suis “trop jeune” pour ce milieu. J’en fais un moteur : je redouble de pédagogie et d’éthique.

Mon parcours a beaucoup été façonné par la Chine. Après mon Master FLE (2017–2019) à l’UPVD, j’y ai fait mon stage, puis on m’a proposé un contrat en septembre 2019. Le COVID a tout bousculé : j’ai continué en ligne (Zoom) jusqu’en juillet 2022, avec des connexions irrégulières côté étudiants. Faute de visa, je n’ai eu qu’une attestation de travail, pas de contrat local. En mars 2023, je suis revenu à Pékin, cette fois en présentiel, dans un consortium avec des universités parisiennes et un institut d’ingénierie.
Le contexte géopolitique avait évolué : l’intérêt pour le français reculait, la Chine gagnait en autonomie technologique. Ça m’a finalement donné envie de rentrer.

Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

L’empathie, d’abord. L’éthique, toujours.
Et cette écoute qui n’exclut jamais la bonne distance. Dès mon Master 1, j’ai posé les bases de ma posture professionnelle : ce qui guide mes décisions en classe, ce que je fais, et ce que je refuse de faire.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

La liberté pédagogique. Concevoir un cours comme on compose un itinéraire : varier les supports, croiser les disciplines, ouvrir des portes.
Et puis, la diversité des publics, le voyage—parfois géographique, toujours humain. On a un cadre, des règles, mais presque tous les sujets peuvent se discuter si l’on installe la confiance.

Quel est le plus gros challenge que vous rencontrez dans ce métier ?

Enseigner est un défi, oui—mais un défi que j’apprivoise parce que je l’aime.
Mon grand chantier du moment, c’est l’entrepreneuriat : créer mon activité, comprendre les financeurs, naviguer dans les statuts. C’est un autre langage, un autre rythme. J’apprends.

Pourquoi avoir choisi cette voie ? Quel a été votre parcours pour exercer à ce poste aujourd’hui ?

Mon chemin n’a rien d’une ligne droite. J’ai commencé par un bac pro assistant d’architecte, puis une licence d’Histoire de l’art—ma manière de rester proche des formes, des lieux, des espaces. En M1 Histoire de l’art, civilisation, patrimoine, je ne me suis pas retrouvé : trop centré sur le parcours des historiens, pas assez sur celui des historiens de l’art, pas d’appui pour mon mémoire.

Dans le cadre du master, j’ai fait un stage aux archives municipales de Perpignan et par le fruit du hasard, mon sujet de mĂ©moire (l’architecture publique de Perpignan entre 1970 et 2016) m’a menĂ© Ă  collaborer au colloque organisĂ© autour de l’anniversaire des 900 ans de l’hĂ´pital. J’ai fait des recherches, rĂ©digĂ© et y ai mĂŞme participĂ©. J’ai fait une pose suite au M1. Une annĂ©e sabbatique : Je passe mon permis. Je tente le concours de l’armĂ©e, mais la veille de l’épreuve, je me blesse. Le corps dit stop. Une remise en question total et la fameuse phrase « qu’est-ce que je vais faire ? Â».

Ma meilleure amie me parle de sa formation et du FLE. J’aimais apprendre et voyager. Je postule au master FLE de l’UPVD ; là, j’ai trouvé ma place : des enseignants empathiques, un groupe cohérent, un objectif commun.
La formation m’a appris à relativiser et à progresser chaque jour. En M1, comme tuteur Erasmus, j’étais très exigeant ; aujourd’hui, j’ai pris du recul : ma pédagogie s’est apaisée, structurée. Les cours étaient de véritables espaces d’échanges.

Si vous aviez un conseil à donner aux futurs diplômés, quel serait-il ?

Osez partir. Mais regardez le monde tel qu’il est : la géopolitique pèse sur nos métiers, surtout post‑COVID.
La Chine m’a beaucoup apporté : une culture à l’opposé, une école de patience et de créativité. Même si partir est difficile ; revenir l’est aussi. Anticipez, préparez-vous, tissez vos filets.

Autres expériences en lien avec vos études à l’UPVD à mettre en avant (job étudiant, service civique, engagement associatif étudiant, accompagnement d’un service à l’étudiant) ?

Pendant la formation, des professionnels sont venus témoigner—je me souviens d’un directeur d’Alliance Française qui passait du Brésil au Cap‑Vert. Ça m’a conforté : le FLE a sa place, partout où il y a des ponts à bâtir. On nous a aussi montré que l’entrepreneuriat peut être une solution en tant que formateur FLE—précurseur pour moi.

J’ai été tuteur au CUEF pour des Américains.

Franck nous dĂ©voile un parcours non linĂ©aire, mais nous prouve que lorsqu’on trouve le chemin qui nous passionne il nous ouvre le chemin des possibles. « J’ai appris Ă  enseigner ; aujourd’hui j’apprends Ă  entreprendre. La passion, elle, reste la mĂŞme. »

@Franck reste disponible et à votre écoute pour échanger à travers son profil.

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